La DPJ, un "one-way" vers les prisons pour adultes.

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La DPJ, un "one-way" vers les prisons pour adultes.

Message  Le Fantôme le Mar 16 Sep 2008 - 10:19

Source : La Presse, 16 Septembre 2008
La judiciarisation favorise la délinquance
Les garçons qui ont comparu au tribunal dès l'adolescence risquent sept fois plus que les autres d'y retourner une fois devenus majeurs, particulièrement s'ils ont été placés en centre de réhabilitation.
Cette donnée témoigne de l'échec d'un système de justice qui n'a rien de dissuasif pour les adolescents, dit Richard Tremblay, coauteur d'une vaste étude québécoise sur la question*.

Professeur de pédiatrie, de psychiatrie et de psychologie à l'Université de Montréal, il a suivi au fil des ans 1037 garçons qui fréquentaient en 1984 la maternelle de l'une ou l'autre des 53 écoles les plus défavorisées de Montréal. Tous étaient francophones, de parents nés au Québec.

Entre l'âge de 10 et 17 ans, les mêmes questions leur ont été posées: au cours de la dernière année, avez-vous déjà frappé une personne qui ne vous avait rien fait? Avez-vous vendu de la drogue? Êtes-vous entré quelque part par effraction? etc.

Très tôt, les dés sont souvent jetés, indique l'étude: devant les tribunaux pour adultes, on retrouvera pour l'essentiel ceux d'entre eux qui, à 10 ou 12 ans, étaient déjà impulsifs et hyperactifs, commettaient de petits délits et dont les parents ne les encadraient pas adéquatement.

Devant le Tribunal de la jeunesse, «plus la peine est sévère, plus grande est la criminalité subséquente», «le placement en institution entraînant, et de loin, la criminalité la plus exacerbée».

Des peines inégales

La poule ou l'oeuf? Ces jeunes se retrouvent-ils davantage devant des tribunaux pour adultes parce qu'ils sont profondément délinquants ou parce que le juge leur a montré le chemin de centres où ils ont fraternisé avec encore plus délinquants qu'eux? Difficile à dire, admet Richard Tremblay.

Ce qui semble acquis, cependant, c'est le caractère passablement inconstant des peines prononcées contre les adolescents, comme le souligne l'étude de Richard Tremblay. En 1992, Revue canadienne de criminologie a publié un article de A.N. Dobb et L.A. Beaulieu, qui avaient présenté des cas d'adolescents délinquants à 43 juges canadiens, à qui ils avaient demandé quelle peine ils leur auraient donnée. Les résultats de leur enquête? Pour le même délit, des peines d'une sévérité très, très variable.

* Iatrogenic Effect of Juvenile Justice, Uberto Gatti, Richard E. Tremblay, Frank Vitaro, 2008.



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La protection de la jeunesse comme porte d`entrée vers le système carcéral...

Message  Le Fantôme le Lun 29 Sep 2008 - 14:47

Source : Canal D, 29 septembre 2008
Je suis arrivé à Montréal-Nord avec ma famille en 1970. Dans au moins deux écoles que j'ai fréquentées, j'étais le seul enfant noir. Trente huit ans plus tard, je peux prétendre avoir vu grandir cette communauté.

L'image des jeunes Noirs à Montréal n'est pas à son meilleur depuis quelques années. Le phénomène des gangs de rue a jeté de l'ombre sur toute un groupe composé en général de citoyens honnêtes. Les jeunes en particulier souffrent de l'absence de modèles positifs tout en étant associés aux actions de la minorité délinquante.

Entre 2001 et 2005, j'ai été le concepteur et le recherchiste de l'émission de télé Noir de Monde à CH-Montréal. Mon but avec cette émission était de présenter les modèles positifs de la communauté noire et d'aborder également des sujets qui ne sont pas évoqués dans les autres médias.

C'est dans le cadre de cette démarche que j'ai rencontré M. Léonel Bernard, chercheur à l'époque au Centre Jeunesse de Montréal, qui venait de publier sa thèse de doctorat sur le parcours des jeunes d'origine haïtienne dans le système de protection de la jeunesse du Québec. Le résultat de ses recherches était troublant. Ce sujet, jusque là tabou, m'a alors interpellé.

Au cours de ma recherche, j'ai rencontré le psychologue et criminologue, Emerson Douyon, qui est aussi commissaire au Service Correctionnel Canadien. Il parcourt les pénitenciers du Canada. Il est stupéfait du pourcentage élevé des Noirs qu'il croise dans les pénitenciers. De plus, il a constaté que la plupart de ces jeunes sont entrés dans le système de justice par la porte de la protection de la jeunesse.

Parmi les facteurs qui les entraînent dans le monde carcéral, il faut mentionner la DPJ qui constitue une porte d'entrée importante, mais il y a aussi d'autres facteurs qui jouent. (Chômage, pauvreté, décrochage, profilage,exclusion, etc.). Autant de jeunes qui ne participent pas à la croissance économique. Cette réalité est tellement préoccupante que le Conference Board du Canada, dans une étude publiée en 2001, qualifiait cette situation de bombe à retardement (sic).

Quand se sont produites les émeutes en France, je trouvais encore le sujet plus pertinent. Ces troubles sociaux avaient duré plusieurs jours et les dommages étaient considérables dans plusieurs villes françaises. Il fallait faire quelque chose avant que cela n'arrive ici.

J'ai tout d'abord approché Canal D qui s'était montré très sensible à cette idée. J'ai rencontré par la suite, un producteur (Orlando Arriagada de Pimiento) qui était à l'aise avec le sujet et qui m'a mis en contact avec un jeune réalisateur talentueux (Danic Champoux). Malheureusement, le financement n'a pas été à la hauteur de nos attentes. (Certains décideurs publics ont trouvé le sujet trop risqué).

Enfin, avec les moyens du bord, on a produit un film, qui aura au moins cette originalité, celle de nous faire connaître d'autres points de vue sur la situation et le mal de vivre d'un trop grand nombre des nos jeunes d'origine haïtienne. Ce n'est nullement une charge contre les institutions publiques qui font d'ailleurs un travail remarquable; c'est plutôt une réflexion globale sur plusieurs aspects de la réalité noire de Montréal.

Est-ce que les émeutes de Montréal-Nord sont un prélude de ce qui nous attend si on ne prend pas au sérieux les causes d'inégalité grandissante qui affectent notre société? Est-ce que la situation est comparable à celles des banlieues françaises?

Pendant le tournage du film,(quelques semaines avant les émeutes) on a posé cette question à tous les intervenants. Est-ce que ce qui est arrivé en France peut arriver ici? Tout le monde a répondu NON.

Personne ne croyait que Montréal aurait pu connaître ce genre d'évènement.

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Un racisme "méconnaissable"

Message  Le Fantôme le Mar 30 Sep 2008 - 11:06

Source :Cyberpresse.ca, 30 septembre 2008
Racistes, les Québécois? Pas vraiment en tant qu'individus. Mais le système sociojudiciaire, lui, l'est certainement. Infiltré de façon insidieuse dans tout l'appareil, le racisme devient «méconnaissable» mais agit bel et bien contre les jeunes Noirs québécois.

C'est l'une des conclusions à laquelle arrive le documentariste Ronald Boisron, dans son film La couleur du temps, qui sera diffusé le 12 octobre sur Canal D.

Lorsqu'il est débarqué d'Haïti avec ses parents dans les années 70, tout le monde se bousculait pour devenir son ami, raconte Ronald Boisron. Les temps ont changé, constate-t-il. Aujourd'hui, les Noirs comptent pour 1% de la population, mais représentent 40% des prisonniers de l'Établissement de détention de Montréal (Bordeaux).

«Comment en est-on arrivé là?» demande M. Boisron. La réponse est complexe, mais le journaliste en isole quelques éléments.

Dès la petite enfance, les Noirs sont plus souvent l'objet de signalements à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ). Les jeunes Blancs sont signalés à cause de problèmes de comportement; les jeunes Noirs le sont aussi pour des questions de tenue vestimentaire ou... à cause du contenu de leur boîte à lunch, dit M. Boisron. «Des situations liées à la situation économique parentale», dit-il.

Et une perception culturelle différente? Le chercheur Léonel Bernard dit que les intervenants de la DPJ sourcillent devant un garde-manger rempli de maïs, de riz, d'haricots et d'huile végétale. Une famille qui ne respecte pas le guide alimentaire canadien? «On retient que l'enfant est mal nourri.»

Les Noirs sont aussi plus souvent interpellés et arrêtés. Profilage racial? La police ne nie pas que ça puisse arriver, même si le Service de police de la Ville de Montréal forme ses membres pour éviter qu'ils y aient recours.

Le commandant du poste de quartier 30 dans Saint-Michel, Fady Dagher, dit appliquer le «profilage criminel» plutôt que racial. Si un individu est recherché par la police, il sera arrêté, peu importe sa race. «Mais il y a la méthode aussi», dit le policier, présent hier au visionnement de presse. Il demande à ses hommes de bien connaître les jeunes du quartier et leurs familles.

Manque de leaders

Mais ce «racisme systémique» n'explique pas tout. «Il faut éviter le confort de la victimisation», dit en entrevue Ronald Boisron. La communauté noire doit faire sa part pour soutenir ses jeunes à l'école, les «garder dans le droit chemin».

Aucune femme n'a été interviewée dans le documentaire. «C'est un problème de garçons», dit M. Boisron. Dans la communauté haïtienne, comme dans la société québécoise en général, les filles restent plus longtemps à l'école, frayent moins avec le milieu criminel. Et les mères sont souvent seules, débordées par le boulot, et dépassées par les frasques de leurs fils.

Et les parents noirs sont parfois tellement honteux de voir la DPJ intervenir qu'ils abandonnent carrément leur enfant dans 6% des cas de signalement, mentionne le documentariste. Le même phénomène survient lorsque c'est la justice qui s'en mêle. Le film suit les derniers jours de prison de Kasheem, un jeune Noir qui, en cinq ans, n'a jamais reçu la visite de sa mère. «Je ne peux pas lui en vouloir, mais elle n'a pas idée de ce que ça me fait», dit-il.

Le commissaire scolaire Paul Evra souhaite voir émerger des leaders de sa communauté pour dénoncer les insultes publiques à son endroit et servir de modèle aux jeunes. Des gens comme... Barack Obama, par exemple. Le candidat au poste de président des États-Unis fait l'admiration des Noirs montréalais. «Il est parti de nulle part pour arriver là», dit Ronald Boisron. La preuve, dit-il, qu'en travaillant fort, il est possible d'aller partout.

N.B : Considérant que Barack Obama est un ex-travailleur social, il risque de faire beaucoup plus partie du problème que de la solution!
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